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L’ACIA dirige une nouvelle approche de l’évaluation des risques pour la santé liée au SRAS-CoV-2

Février 2021 | Agence canadienne d’inspection des aliments | par Dre Sharon Calvin et Dre Andrea Osborn

L'année dernière, le monde entier a été entraîné dans la vie d'un épidémiologiste.

Les épidémiologistes de la Direction des sciences de la santé des animaux de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) surveillent l’évolution des maladies infectieuses partout dans le monde. Ces maladies émergentes sonnent parfois l’alarme pour les scientifiques de plusieurs pays. Dans certains cas, lorsqu’ils se retrouvent dans les médias grand public, leur famille et leurs amis expriment également de l’inquiétude. Le travail des épidémiologistes était au premier plan et des mots comme le « nombre R » est devenu un terme courant dans les ménages, alors que la propagation du virus du SRAS-CoV-2 a entraîné une pandémie mondiale. Malgré les difficultés qu’elle a entraînées à l’enseigne des systèmes de santé, de l’économie, de l’approvisionnement alimentaire, de l’éducation et de la santé mentale, elle a aussi contribué à faire progresser la science.

Le besoin d’une nouvelle approche

Au début de 2020, les premiers cas positifs d’infection au SRAS-CoV-2 chez le chien et le chat de compagnie ont été signalés dans plusieurs pays. À titre de spécialistes des sciences vétérinaires de la division du renseignement et de l’analyse des risques pour la santé des animaux de l’ACIA, nous avons reconnu le besoin d’une analyse rapide des risques à l’interface homme-animal-environnement pour éclairer la prise de décisions. Ensemble, nous avons saisi l’occasion de mobiliser une équipe d’experts de partout au Canada. Des experts en santé publique, en santé animale et en santé des écosystèmes ont uni leurs efforts pour mettre à l’essai une approche de collaboration visant à effectuer une évaluation qualitative rapide des risques (EQRR).

Le terme « Une seule santé » reconnaît les liens entre les personnes, les animaux, les plantes et leur environnement commun. Cette approche de collaboration multisectorielle et multidisciplinaire s’attaque aux menaces communes pour la santé. L’initiative Une seule santé a été encouragée et modélisée par des organismes internationaux de la santé comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ces organismes ont formé un organe de collaboration tripartite (disponible en anglais seulement) et ont formulé une orientation (disponible en anglais seulement) pour aider les pays à adopter cette approche. Le SARS-CoV-2 illustre parfaitement le besoin de se doter d’une approche Une seule santé.

Établir une communauté virtuelle et l’approche Une seule santé

De nouvelles maladies infectieuses se propagent constamment dans le monde et sont surveillées et évaluées en fonction du danger qu’elles présentent pour les Canadiens, les animaux, l’environnement et l’économie. Cette tâche de surveillance incombe à la Communauté des maladies émergentes et zoonotiques (CMEZ). La CMEZ est un réseau virtuel qui réunit des représentants des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, du milieu universitaire et du secteur privé. Ces représentants ont une expertise en santé publique, animale et environnementale.

Andrea dirige une équipe principale composée d’employés de l’ACIA qui, avec des membres de la communauté, évalue sur une base quotidienne les signaux de renseignement provenant de partout dans le monde pour en déterminer la pertinence pour le Canada. La technologie d’analyse de l’environnement, à savoir l’outil d’Intégration des connaissances à l’aide de l’information Web (KIWI), est fournie par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) à titre de partenaire communautaire. L’équipe principale tient également des appels communautaires mensuels, organise des webinaires, publie des rapports de renseignements hebdomadaires et mène des sondages sur les signaux importants. Le développement continu de la communauté avant l’émergence de la COVID-19 a créé de solides relations entre les disciplines. Cette vaste expérience professionnelle de la coordination et de la facilitation a été essentielle pour permettre le processus d’EQRR.

Les signaux de renseignement qui ont des cotes très élevées de la part de la Communauté ou des cotes variables entre les secteurs déclenchent une réunion d’établissement de la portée. Les membres de la Communauté se réunissent pour déterminer quelle analyse supplémentaire pourrait être utile. Cette orientation pourrait inclure la nécessité de mener une évaluation des risques. Il peut être difficile d’offrir une évaluation rapide, mais rigoureuse, du risque lors d’un événement émergent comportant des niveaux élevés d’incertitude, une réalité qui a grandement préoccupé la communauté scientifique ces derniers temps. Sharon a participé à des initiatives internationales portant sur ce sujet, notamment avec la FAO. Elle met à contribution son expérience de travail en santé publique et en évaluation des risques à l’ACIA. L’une des principales leçons que nous avons apprises est que l’approche d’évaluation du risque doit être adaptée à la situation particulière en cause et aux besoins des gestionnaires de risque.

Le besoin de se doter d’une approche Une seule santé pour l’évaluation des risques est un sujet qui a fait l’objet d’abondantes discussions à l’échelle internationale, et nous travaillons en étroite collaboration avec nos collègues de partout dans le monde. Par exemple, nous partageons des outils méthodologiques avec les intervenants qui participent à la signalisation et à l’évaluation des risques dans le cadre de l’approche Une seule santé en Europe (y compris les Pays-Bas, le Programme conjoint européen Une seule santé et l’outil “Outil opérationnel pour l’évaluation conjointe des risques (Outil opérationnel pour l’ECR) (ces liens sont disponibles en anglais seulement)”). Sharon est également en contact régulier avec des évaluateurs de risques aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. Elle a également corédigé le rapport (en anglais) intitulé « Exposure of humans or animals to SARS-CoV-2 from wild, livestock, companion and aquatic animals : Qualitative exposure assessment » avec la FAO.

Pour répondre à une question précise sur le risque, le processus d’EQRR fournit une évaluation systématique de la voie examinée. En ce qui concerne les animaux de compagnie, la première question portait sur le risque de propagation du SRAS-CoV-2 d’un être humain infecté à son animal de compagnie, puis à un autre être humain (autre que celui qui a infecté l’animal de compagnie).

Sharon Calvin et Andrea Osborn lors d’un appel vidéo, avec illustration d’une voie de risque d’infection par les animaux de compagnie.

Sharon Calvin et Andrea Osborn lors d’un appel vidéo, avec illustration d’une voie de risque d’infection par les animaux de compagnie.

Travailler ensemble et appliquer l’approche Une seule santé

Le groupe d’experts canadien a ensuite amorcé le processus continu et itératif de discussion de groupe, de sondages d’opinion d’experts et de rédaction d’une ébauche. Le partage de l’information est un concept clé de l’approche Une seule santé. En ce qui concerne l’évaluation des risques, il ne s’agit pas seulement de partager des données (dont certaines peuvent être confidentielles), mais aussi de partager des connaissances et une expertise de base (par exemple, les pratiques de l’industrie, le comportement des animaux sauvages et la nature du contact humain-animal). Dans les cas de maladies émergentes, il est essentiel que le partage des connaissances se fasse le plus rapidement possible, afin que toutes les parties utilisent la même information. Pour cette EQRR, l’information nécessaire pour évaluer le risque a été partagée parmi des experts de plusieurs disciplines pendant les discussions et dans les diverses ébauches de l’évaluation du risque. Parallèlement au processus d’évaluation des risques, des communications croisées se sont déroulées en continu avec un groupe de travail dirigé par l’ASPC chargé d’élaborer des lignes directrices sur le contact humain-animal.

Depuis la première évaluation, plusieurs études de recherche et rapports de cas ont fait surface sur la vulnérabilité de diverses espèces animales au SRAS-CoV-2. Le groupe d’experts a ensuite mené des EQRR liées aux animaux d’élevage et au vison d’élevage, qui ont aidé à l’élaboration de lignes directrices à l’intention des producteurs au Canada. À mesure que les vaccins seront distribués cette année, le Canada commencera, espérons-le, à se rétablir de cette pandémie. Parmi les legs durables du virus, tant positifs que négatifs, il se dégagera certes une meilleure façon de travailler ensemble à l’évaluation des risques dans le cadre de l’approche Une seule santé pour la prochaine maladie émergente.


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