Des percées scientifiques favorisent l’élaboration de politiques réglementaires

Juin 2020 | Laboratoire d’Ottawa (Carling), Agence canadienne d'inspection des aliments | par Burton Blais

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) protège la santé des Canadiens en ayant recours à des données scientifiques afin de déterminer ce qui représente le plus grand risque pour l’approvisionnement alimentaire et effectue des inspections en conséquence. Cette pratique permet à l’ACIA de se concentrer sur les interventions qui optimisent les effets sur la santé publique qui sont réalisables au moyen des ressources disponibles. Prenons par exemple la détection des dangers microbiens dans les aliments grâce à des activités d’inspection régulières conçues de manière à vérifier si les fabricants de produits alimentaires respectent les dispositions réglementaires relatives à la salubrité des aliments. Un élément clé de ce système constitue l’utilisation de méthodes d’analyse des aliments en laboratoire permettant de produire rapidement des résultats d’analyse informatifs.

Grâce aux progrès scientifiques et technologiques réalisés, il est important que les politiques et les procédures gouvernementales en suivent le rythme afin de protéger efficacement les intérêts des Canadiens. Cette pratique est particulièrement importante lorsque de nouvelles technologies améliorent les méthodes de référence actuellement en place et repoussent les limites du possible. Dépasser ou remplacer les méthodes de référence requiert une recherche et une validation scientifiques et offre de nouvelles possibilités quant au perfectionnement des politiques et des lignes directrices en vue d’orienter les décisions réglementaires.

Un exemple de progrès technologique de la dernière décennie est le changement apporté à l’analyse réglementaire en microbiologie alimentaire. Des microbes nuisibles sont régulièrement identifiés au moyen de leurs gènes à l’aide de méthodes rapides telles que la technologie de réaction en chaîne de la polymérase (RCP), ce qui permet d’obtenir des résultats d’analyse plusieurs jours plus tôt que ce que permettaient les techniques traditionnelles. Cependant, la technologie de RCP est limitée en raison de sa nature plutôt fragmentaire, c’est-à-dire le fait que seul un nombre relativement petit de marqueurs distincts d’ADN peut être évalué en une seule procédure.

Le séquençage du génome entier (SGE) est un exemple de nouvelle technologie fournissant l’analyse subtilement détaillée de microbes en fonction de leur patron génétique entier, par contraste à de simples fragments. La technologie de SGE peut être utilisée à l’appui de l’inspection alimentaire réglementaire, car elle permet le dépistage, l’identification et la caractérisation détaillée de microbes nuisibles hautement prioritaires, comme Escherichia coli vérotoxinogène (ECVT), Salmonella enterica et Listeria monocytogenes. Le SGE peut éventuellement dépasser les utilisations établies quant à la surveillance et à l’intervention en cas d’éclosion et orienter, à l’avenir, l’évaluation du risque, l’élaboration de politiques et de programmes ainsi que les interventions rapides en matière de salubrité des aliments pour la prévention ou la lutte contre les maladies et les éclosions.

Détermination des percées scientifiques à intégrer dans le cadre réglementaire fédéral sur la salubrité des aliments

La salubrité réglementaire des aliments au Canada est une responsabilité partagée entre l’Agence de la santé publique du Canada, et l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Les trois organismes travaillent sur l’utilisation de la technologie du SGE et procèdent à la modernisation des laboratoires afin d’y intégrer l’analyse du SGE. Ensemble, les trois organismes ont mis sur pied un projet pilote pour l’utilisation du SGE afin d’améliorer les questions d’enquête réglementaires sur la salubrité des aliments, et ce, en portant une attention particulière à ECVT. L’utilisation de la technologie du SGE pour analyser ECVT est pertinente en raison de l’importance de ce microbe nuisible sur la santé publique et de la nécessité de disposer de directives bien définies pour déterminer les composantes d’ECVT les plus susceptibles de causer des maladies humaines graves.

Déroulement de nos travaux

La première tâche de l’équipe interministérielle a été d’effectuer une étude pour connaître quelles sont les données scientifiques actuelles dans le domaine en procédant au dépouillement des publications scientifiques, en consultant des experts et en observant les tendances canadiennes en matière de santé publique et la manière dont la communauté réglementaire en général aborde le problème. En même temps, la capacité technologique de chaque organisme partenaire a été schématisée pour déterminer la meilleure façon de coordonner l’utilisation de la technologie de SGE et de la faire cadrer avec toute nouvelle politique ou directive susceptible d’être issue de cet exercice.

Un document a été créé en fonction de ces travaux, lequel servira de référence fiable pour fournir une directive sur 1) la mise à jour de la définition d’ECVT décelé dans les aliments donnant lieu à une intervention pour tenir compte des données scientifiques actuelles; 2) la précision des connaissances actuelles sur les plus importantes composantes d’ECVT d’origine alimentaire dont il faut tenir compte pour les interventions réglementaires; et 3) la détermination des lacunes dans les connaissances que des recherches futures pourraient combler. En outre, le document établit clairement le rôle et les processus entrepris par chaque partenaire fédéral responsable de la salubrité des aliments quant aux enquêtes en la matière. Le rapport qui en découle, intitulé « Examen de l'état des connaissances sur Escherichia coli vérotoxigène et le rôle du séquençage du génome entier en tant que technologie émergente appuyant la réglementation en matière de sécurité alimentaire au Canada », décrit l’approche canadienne relative à la définition d’ECVT soulevant des préoccupations de santé publique à des fins réglementaires. Il a été jugé nécessaire de publier le document, conformément à l’intention de la politique du gouvernement du Canada en matière de science ouverte, et la solution privilégiée pour le rendre accessible au plus grand nombre constitue sa publication sur Science.gc.ca.

Ce document représente un consensus d’opinions archivé par l’équipe interministérielle et se veut un outil de référence pour l’élaboration de politiques quant à la manière dont ECVT dans les aliments est évalué aux fins d’intervention réglementaire. Il permettra également d’orienter les travaux à venir de l’équipe pour déterminer le profil de risque, les directives et l’évaluation du risque ayant trait à ECVT.

Conclusions

Les recherches modernes en microbiologie alimentaire ont permis d’améliorer notre compréhension de la dangerosité des microbes alimentaires nuisibles. La combinaison de nouvelles connaissances scientifiques et capacités technologiques sophistiquées crée de nouvelles possibilités intéressantes quant au perfectionnement de programmes d’analyse en microbiologie alimentaire afin de répondre aux besoins de l’approche de l’ACIA à l’égard des inspections, laquelle se veut axée sur les risques. Les avancées en matière de technologie de SGE marquent le début d’un nouveau chapitre en microbiologie alimentaire dans lequel les microbes nuisibles seront caractérisés en fonction de leur profil génétique plutôt qu’au moyen des approches traditionnelles fondées sur leurs formes ou comment ils utilisent les nutriments pour la croissance. Cette pratique jouera un rôle essentiel dans la prise de décisions réglementaires éclairées et le retraçage des sources de la contamination alimentaire.


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